NGC 2841, une spirale un peu barrée

NGC 2841 Jean-Brice GAYET

NGC 2841, début décembre 2018. Nerpio.

C11 Edge HD, réducteur de focale Célestron x0.72, ATIK 4000 MM, Paramount ME

Logiciels CCD AP MaximDL Pixinsight

6 poses unitaires de 600 secondes en filtre L, R et B. G synthé.

Résolution de 0.78"

NGC 2841 Jean-Brice GAYET
NGC 2841 Sky Atlas Tirion 2000

Découverte le 9 mars 1788 par William Herschel, NGC 2841 (= CG 1823) est une galaxie spirale de magnitude 9 de type SA(r)b de la Grande Ourse. Per Dreyer l’a décrite comme "très brillante, grande, très étendue, très soudainement équivalente à une étoile de magnitude 10".

 

En se fondant sur une vitesse de récession de 640 km/s et sur le décalage spectral vers le rouge, sa distance est estimée de 30 millions d'années-lumière, ce qui ne concorde pas avec les estimations de distance indépendantes du redshift (de 40 à 85 millions d’années-lumière, elles-mêmes ne concordant donc pas beaucoup plus entre elles). La distance généralement admise est de 46 millions d'années-lumière.

 

En utilisant cette distance et la taille apparente de la galaxie de 8,1 x 3,5 minutes d'arc, NGC 2841 mesurerait environ 110 000 années-lumière ; mais elle est souvent donnée comme mesurant 150 000 années-lumière, ce qui suggère que les estimations de distance plus grandes sont encore d'usage courant.

 

NGC 2841 est une galaxie spirale régulière (barrée du bulbe, mais nous y reviendrons un peu plus tard) de type précoce plutôt isolée, sans aucun signe morphologique d’interaction passée (NED répertorie NGC 2841 en tant que galaxie de Seyfert de type Sy 1 et en tant que galaxie "isolée"). Elle possède un noyau LINER faible et une structure spiralée floculante. Le noyau galactique est chimiquement découplé, plus riche en métal que le renflement environnant d’un facteur de 2,3.

NGC 2841 Jean-Brice GAYET

Elle présente un nombre relativement restreint d’étoiles jeunes dans ses bras, qui éclairent de rares régions de gaz chaud. Cette observation a fait évoquer qu’un stade précoce de formation intense d'étoiles avait peut-être balayé les gaz susceptibles de former de nouvelles étoiles dans les régions centrales de la galaxie, hypothèse semblant trouver sa confirmation dans les études du rayonnement X par Chandra qui révèlent des émanations rapides de gaz par des étoiles géantes et des explosions de supernova au sein du disque, visibles sur la photo ci-dessous sous la forme de bulles de gaz chaud qui se dilatent rapidement pour s'élever au-dessus du disque.

 

Cette magnifique image est une preuve directe de ce processus, montrant ce processus des « cheminées galactiques » qui répandent du gaz chaud enrichi en métal du disque des galaxies vers leur halo.

NGC 2481, à travers quelques publications, par ordre chronologique :

 

1999 : L’observation d’un petit « anneau polaire » de gaz ionisé autour du noyau avec une rotation dans le plan strictement orthogonal au plan galactique (qui est également le plan de rotation des étoiles du centre de la galaxie) révèle par deux astronomes russes de façon indirecte deux zones de « contre-rotation » au sein du bulbe (dans un rayon compris entre 10 "et 100"), visibles toutes les deux à travers le disque au nord-ouest du centre galactique. En effet, ces anneaux de gaz « polaires » sont normalement considérés comme des signatures d’interactions galactiques ou de fusions mineures ayant entrainé une accrétion de gaz ; et les auteurs avaient assez astucieusement soupçonné qu’un tel événement n’aurait pas affecté uniquement le centre de la galaxie. A titre personnel, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un papier scientifique russe. On y reviendra ci-dessous toutefois.

2007 : Puisqu’elles présentent une morphologie très similaire d'anneaux de poussière, une étude comparative japonaise en spectre IR de NGC 2841 et de NGC 2976 révèlent que leurs anneaux ont des caractéristiques très différentes, NGC 2481 présentant un anneau de poussière « froid » et des températures assez variables, NGC 2976, un anneau de poussière chaud avec des températures relativement uniformes. NGC 2841 présente par ailleurs une composante de poussière chaude détectée à partir du centre qui pourrait être attribuée au chauffage provoqué par son noyau LINER.

2009 : Pour la blaguounette, tentative italienne de classification morphologique des galaxies par isophotes (schématisation de l’architecture de la galaxie par des lignes d'égales luminosités - méthode 1, cf image de gauche ci-dessous), méthode soustractive (méthode 2, f image de droite ci-dessous) et profils de luminosité (méthode 3). Ils incluent NGC 2481 dans une étude de….. attention, roulement de tambours.. QUATRE galaxies.. oui messieurs dames. Bon, je suis taquin. Ils ont l’air content de leur méthode, qui donne plutôt de bons résultats en ce qui concerne NGC 2481 mais les auteurs n’expliquent pas trop l’intérêt de la chose, si ce n’est qu’il y a une concordance entre les données fournies par SIMBAD et leurs résultats, comme on peut le voir ci-dessous (iimage centrale). Mais de là à dire « bonne concordance » … une galaxie sur les 4 de l’étude (M85) ne rentre pas dans le moule…. Ca sent la publication pour la publication.

NGC 2841 Jean-Brice GAYET

2016 : juste pour le plaisir de la photo ;

 

A gauche, la distribution HI de NGC 2841 superposée à une photo sur émulsion Kodak IIIaJ !! Ca parlera aux vieux dont je suis ! 😊

L’encart adjacent montre une image « optique ». Le panneau du milieu montre les modèles de contrainte.

A droite, un modèle de masse ajusté à la courbe de rotation superposée à l'échelle sur une image obtenue à partir du SDSS. L'ellipse centrée sur l'image de la galaxie décrit les dimensions de Holmberg de la galaxie (= mesure de la taille d'une galaxie fondée sur la luminosité de sa surface observée. Ainsi, le Rayon de Holmberg est le rayon pour lequel la luminosité de la surface est de 26,5 magnitudes par seconde d'arc carré en lumière bleue, ce qui représente environ 1 à 2% de la luminosité du ciel nocturne).

2017 :  une nouvelle fois, un autre petit échantillon de 4 galaxies dont NGC 2481 a servi de test de modélisation à travers le logiciel DiskFIT que vous pouvez télécharger ici (DiskFit est un code permettant de modéliser des asymétries en photométrie (images d'ajustement) ou en cinématique (champs de vitesse d'ajustement) des galaxies à disques).

 

Son emploi ne s’adresse clairement pas aux Astrams, comme vous pourrez le voir dans le papier, mais on peut tirer de la lecture de l’article une remarque assez intéressante des auteurs sur NGC 2481 et qui donne le titre de ce post… NGC 2841 ne présente pas manifestement pas de manière évidente de « barre » et la galaxie n’est d’ailleurs pas classée dans les catalogues comme étant de type « barrée » : elle est classé SA(r)b dans le troisième catalogue de référence des galaxies lumineuses (de Vaucouleurs, 1991), Sab sur SIMBAD (à  l'époque de la publication) et Sb dans la cohorte THINGS.

 

Pourtant, des observations du noyau en filtre Hα et en [NII] par Keel dès 1983 évoquent la présence d’une barre interne (dans les 10’’), confirmée par la suite par décomposition triaxiale du halo par Varela et par l'étude des Russes Afanasiev et Sil’chenko (cf. supra). Comme les auteurs le remarquent, donc, ces données sont en fait cohérentes avec les résultats obtenus par DiskFit, mais curieusement il n’est fait nulle part mention d’une barre chez NGC 2841 dans les différents catalogues (elle est effectivement classée SAa C sur Simbad à la date du 16 décembre 2018).

NGC 2841 en hydrogène neutre (HI)
NGC 2841 en hydrogène neutre (HI)

Page créée le 24/01/2019